
Voici-donc ce que je disais de cet album à l'époque où j'écrivais pour le regretté Da Realness (RIP). J'ai entre-temps changé d'avis sur le brave Nasme que je trouve finalement assez fort et pour me faire pardonner de l'avoir injustement sous-estimé, je laisse un petit lien le concernant. Dernière chose : procurez-vous la Tape Histor-Hifi-que qui défonce. Dernière dernière chose étonnante : il vient de produire un beat mortel pour Declaime.
Hi Fi – Rien à Perdre, Rien à Prouver.
En 96, à l’époque ou on pouvait aborder une personne uniquement par ce qu’elle semblait faire partie de la confrérie secrète des gens qui écoutent du rap, j’étais un petit belge boulimique de nouveaux sons, de beats qui me fassent travailler la nuque, de flows de fous collant ces derniers comme des sangsues, d’images de new-yorkais encapuchonnés dans leur « hood » et de lyrics frais, qui se devaient d’être dans ma langue, les subtilités anglaises échappant un peu trop à un jeune cancre de 16 ans comme moi.
Ceux qui étaient atteints de la même maladie se souviennent qu’au début il n’y avait pas de bacs « rap français », les NTM, IAM et autres Assassin étant pratiquement les seuls groupes dont on pouvait trouver la musique. En 95, les choses évoluèrent grâce à Jimmy Jay qui produisit 3 albums importants ( Sléo, Sages Po’ et Démocrates D ) ou La Cliqua dont le EP révolutionna le genre en prouvant qu’il pouvait évoluer de façon insoupçonnée.
Profitant de cette émulation, un nouveau crew arriva et fit un buzz monstre sur Paris : Time Bomb dont la réputation, le mythe devrait-on dire, arriva jusqu’à nous en partie grâce à l’émergence toute récente de la presse HH qui nous permettait d’être un peu au courant de ce qui se passait.
Hi Fi était un des pions majeurs de cette Dream Team de la rime et ces apparitions sur J’Attaque Du Mic et Pendez-Les des X-Men, sur le freestyle Time Bomb Explose ou sur Sad Hill suffirent pour me convaincre définitivement. Alors qu’il était un des rappeurs français les plus prometteurs de sa génération et que ces ex-coéquipiers ( Oxmo, X-Men, Lunatic, Pit,…) poursuivaient leur petit bonhomme de chemin, il disparu pratiquement de la circulation. De ces 5 ans de vaches maigres, on retiendra ses 2 maxis Lascars et Le Retour Du Boogie avec la complicité de l’excellent Lesly. Deux plaques qui me rassurèrent sur la capacité de Hif’ à pondre des tueries, le son smooth aux saveurs de bonne vieille Soul lui allant comme un gant.
L’explosion de Lunatic lui permit de voir le bout du tunnel avec une signature salutaire chez 45 Scientifik.
En 2003 arrive donc enfin son premier album, le bien nommé Rien à Perdre, Rien à Prouver. Au vu de ses apparitions légendaires et après tant d’attente, on pourrait être déçu de ne pas être face au disque du siècle, mais ce LP n’en demeure pas moins un très bon album.
14 plages sombres dans l’ensemble dans lesquelles son phrasé atypique se promène nonchalamment. Il y conte ses histoires de quartier à base de galères, d’embrouilles, de meufs et de défonce. Rien de très original dans les thèmes mais une manière intelligente de les traiter. Une écriture riche, des rimes qui s’emboîtent les unes aux autres, des punch-lines,… Avec un cynisme et une ironie omniprésente, il dissèque les réactions et le profil psychologique des « faux » à qui il s’adresse, et montre aux « vrais » qu’il est des leurs en leur fournissant la came sonore qu’ils réclament.
Quelques perles au hasard : « Ya des jours avec,/ ya des jours sans/ Ya des jours impecs,/ y’en a des rouges sangs », « je sais pas si c’est les pompes, on fait le même Hip Hop mais on a pas la même démarche », « J’ai que l’argent à la bouche mais pas celui de la cuillère », « l’industrie je la met de côté comme la ficelle du string », »dans les dancings/ je ne veux plus voir de négros battus comme Rodney King,/ mais j’ai du faire un rêve comme le révérend King/ car on a la lutte dans la peau comme un putain de piercing… », « tous ceux qui m’écoutent ont le blues et le bout de shit dans le blue-jean/ cette vie de chiotte ne s’oublie qu’à coup de luxe, de goûts de chic et de Gucci… », « du ciel je n’ai reçu que de la pluie… », « je suis intestable niveau textuel,/ inébranlable comme un transsexuel … » et il y en a des dizaines d’autres…
La moitié des prods sont signées par lui et sont plutôt réussies, le reste a été confié à Géraldo ( plutôt en forme ) et Fred Dudouet. Elles sont sombres avec des breaks et des sons saccadés ou synthétiques « à l’américaine » mais pas de pompage pitoyable comme les français savent si bien le faire à l’horizon. Les habitués du son du 45 savent à quoi s’attendre. Je retiens particulièrement les morceaux Drame Quotidien avec une tuerie de son de Géraldo, Mr. L’Agent, bombe lyricale sur les keufs au beat hypnotique, le lourdissime Mon Son Est Ghetto ou le déjà bien connu Tout Ce Que Les Négros Veulent.
My Space Hifi
My Space Nasme
2 commentaires:
Très bonne chro, je le dis d'autant plus sereinement que je ne partage absolument pas ton enthousiasme sur l'album qui a été une très grosse déception à l'époque. J'étais comme toi, complétement assoiffé de Time Bomb shit, parce que ça a été le plus gros bouleversement du rap français de tous les temps, et c'est pas les néo dirty southien parisien d'aujourd'hui qui vont changer cette donne.
Même les prods n'ont pas trouvé gràce à mes yeux mais à l'époque en France on était obligé de se contenter de peu et s'attacher au talent du mc pour pouvoir digérer les sons.
Concernant Nasme, il m'a une fois troué le cul en freestyle pur d'impro dans un clash organisé par Jacky TTPOK, référence difficile à assumer.
Il débitait des sentences belliqueuses avec des références basiques de rue mais souvent très astucieusement imagées. Du rap brut mais techniquement original.
Par contre son phrasé crade qui traîne trop et ne respectant aucun schéma de rime ne passe pas sur un morceau, je trouve.
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